Yunis Abdelhamid : « Le SDR sera toujours le club de mon cœur »

Tout juste retraité, Yunis Abdelhamid s’est livré en longueur sur la plus belle histoire de sa carrière : celle qui le lie au Stade de Reims. Découvrez dans son intégralité l’entretien qui retrace ses plus beaux souvenirs en Champagne, son rôle de capitaine et la place du Club dans sa vie.

Yunis, on a vu que tu venais de prendre une grande décision. Peux-tu nous en dire plus ?

J’ai en effet décidé de mettre un terme à ma carrière de footballeur pour devenir entraîneur adjoint de l’AS FAR. Ce n’était pas une décision facile, parce qu’une partie de moi pensait encore pouvoir continuer à jouer. Mais après réflexion, j’ai estimé que c’était le bon moment. Je voulais surtout arrêter par choix, et non parce qu’une blessure ou une contrainte m’y obligeait. J’aurais peut-être pu continuer encore un peu, mais cette opportunité s’est présentée et j’ai eu envie de la saisir. C’est une nouvelle étape qui me motive énormément.

On connaît ton leadership et ton envie de faire progresser tes coéquipiers. Est-ce que devenir entraîneur ou intégrer un staff faisait déjà partie de tes réflexions lorsque tu étais joueur ?

Pas au début. Cette envie est venue progressivement, notamment grâce aux responsabilités que j’ai eues tout au long de ma carrière. Le fait d’avoir été capitaine, au Stade de Reims bien sûr, mais aussi dans d’autres clubs auparavant, m’a naturellement amené à prendre soin de mes coéquipiers, à essayer de les accompagner et de les mettre dans les meilleures conditions pour qu’ils puissent progresser. Petit à petit, j’y ai pris goût. Je me suis dit que transmettre mon expérience pouvait être une suite logique. Aujourd’hui, mon objectif est d’accompagner les jeunes joueurs, non pas pour leur apprendre leur métier, mais pour leur transmettre certaines ficelles, partager ce que j’ai vécu et les aider à construire leur carrière dans les meilleures conditions. C’est ce qui m’anime aujourd’hui. J’ai envie d’apprendre ce nouveau métier tout en mettant mon expérience au service des autres. Ce rôle de capitaine a énormément compté dans cette réflexion.

Au Stade de Reims, tu as justement accompagné de nombreux jeunes joueurs. Est-ce que cette expérience t’a aussi formé dans ce futur rôle ?

Bien sûr. Plus une carrière avance, plus l’écart d’âge avec les jeunes joueurs grandit. À la fin, j’avais parfois vingt ans de différence avec certains d’entre eux. Naturellement, j’ai pris un rôle de grand frère. Au Stade de Reims, c’était encore plus vrai parce que le club a toujours accordé une place importante aux jeunes talents. J’avais à cœur de les aider, de les conseiller et de faire en sorte qu’ils soient dans les meilleures dispositions pour réussir. Au final, tout le monde y gagnait : les jeunes pouvaient lancer leur carrière dans de bonnes conditions et le Club poursuivait sa mission de formation. Cette expérience m’a beaucoup appris et m’a conforté dans l’idée que j’avais envie d’accompagner les joueurs.

On te propose de faire une petite rétrospective de ton aventure en Rouge & Blanc. Commençons par le début. Saison 2017-18… Pas besoin d’en dire beaucoup plus, cela doit te rappeler de très bons souvenirs ?

Évidemment. Quand je signe au Stade de Reims, le Club évolue en Ligue 2 avec un objectif très clair : retrouver la Ligue 1. Vivre une saison comme celle-là restera gravé à jamais dans les mémoires de tous ceux qui l’ont partagée, qu’il s’agisse des joueurs, du staff, des salariés, des dirigeants ou des supporters. C’est certainement l’une des plus belles saisons de l’histoire récente du Club. Tout semblait parfaitement s’aligner. Encore aujourd’hui, on en parle comme si c’était hier. Par exemple, lorsque Nolan Mbemba a rejoint l’AS FAR récemment, nous avons justement repensé à cette saison. Ce sont des souvenirs qui resteront à vie.

Après cette montée, tu découvres la Ligue 1 avec le SDR. À quel point cette saison a-t-elle marqué ta carrière ?

J’avais déjà découvert la Ligue 1 avec Dijon un an auparavant, mais cette expérience s’était terminée sur une saison mitigée. Revenir immédiatement dans l’élite avec le Stade de Reims représentait déjà une première victoire personnelle. Collectivement, elle a tout simplement confirmé toute la dynamique positive qui entourait le Club et l’équipe. C’est une période dont je suis très fier.

Sur le plan personnel, tu enchaînes également les matchs jusqu’à codétenir le record de rencontres consécutives en championnat. Quel était le secret de cette incroyable régularité ?

Il n’y a pas vraiment de secret. C’est avant tout le travail. Au Stade de Reims, j’ai découvert une cellule performance comme je n’en avais jamais connue auparavant. Tout était mis en œuvre pour permettre aux joueurs de performer au plus haut niveau. J’ai véritablement appris ce qu’était le métier de footballeur professionnel. J’ai appris à mieux travailler, à mieux me préparer et à progresser constamment. C’est cette exigence quotidienne qui m’a permis d’enchaîner les matchs et de continuer à évoluer année après année.

Tu es rapidement devenu capitaine. Qu’est-ce que représentait pour toi le fait de porter le brassard d’un club comme le Stade de Reims ?

C’était une immense fierté. J’avais déjà porté le brassard dans d’autres clubs, notamment à Arles-Avignon et à Valenciennes, mais les contextes étaient différents. Les dynamiques étaient plus compliquées. Au Stade de Reims, même si le Club venait de descendre, nous avons immédiatement retrouvé la Ligue 1 en réalisant une saison exceptionnelle, avant de confirmer ensuite dans l’élite.

Être nommé capitaine dans un tel contexte représentait une véritable reconnaissance du travail accompli. Mon seul objectif était de rendre au Club, aux dirigeants et aux supporters toute la confiance qu’ils m’avaient accordée. Ma manière de les remercier était simple : continuer à travailler, continuer à être performant et tout donner pour le Stade de Reims. C’était ma façon d’exprimer ma reconnaissance envers un club qui m’a énormément apporté.

En 2020, tu participes également au retour du club en Coupe d’Europe, 57 ans après. Qu’est-ce que l’on ressent dans ces moments-là, lorsqu’on est capitaine d’un club avec un tel passé sur la scène continentale ?

Le Stade de Reims possède une histoire que tout le monde connaît. C’est un club qui a marqué le football français et européen. Pouvoir contribuer à écrire une nouvelle page de cette histoire, en retrouvant la scène européenne, représentait quelque chose de très fort. C’est d’ailleurs l’une des seules expériences européennes de ma carrière, donc forcément, cela garde une place particulière. Vivre ce moment avec le brassard de capitaine est une immense fierté. Aujourd’hui encore, j’en suis très fier.

Quand tu regardes ton parcours aujourd’hui, quelle place occupe le Stade de Reims dans ta carrière et dans ta vie ?

Le Stade de Reims est tout simplement le club de mon cœur. C’est le club qui m’a permis de franchir un cap en Ligue 1, de retrouver la sélection nationale marocaine et de participer à deux Coupes d’Afrique des Nations. Sportivement, je lui dois énormément. Mais il n’y a pas que le football. Reims est aussi la ville où deux de mes enfants sont nés. C’est là que j’ai grandi en tant que joueur, mais aussi en tant qu’homme et père de famille. Avec ma famille, nous avons vécu de très belles années ici. Nous garderons toujours une attache très forte avec le Club et avec la ville.

Pourquoi est-ce que le Stade de Reims est devenu le club où tu es resté le plus longtemps ? Qu’est-ce qui faisait que tu t’y sentais aussi bien ?

Le Stade de Reims est avant tout un club familial. Dès mon arrivée, je me suis senti à ma place. Au fil des années, il y a eu les résultats sportifs, la relation avec les supporters, les liens créés avec les salariés, le staff, les dirigeants et tous ceux qui font vivre le club au quotidien. Tout cela a énormément compté. Les infrastructures sont également exceptionnelles et permettent de travailler dans les meilleures conditions. Mais au-delà de ça, il y a une vraie proximité entre les gens. Le Centre de vie favorise les échanges, les rencontres et les moments de partage. Pendant sept ans, j’ai pris énormément de plaisir à venir travailler chaque jour. C’est cet environnement humain qui fait toute la différence.

Au-delà du joueur que tu es devenu, qu’est-ce que le Stade de Reims t’a apporté sur le plan humain ?

Le Stade de Reims m’a énormément fait grandir. J’y ai appris mon métier de footballeur professionnel, mais j’y ai aussi construit une grande partie de ma vie personnelle. J’y ai rencontré des personnes qui comptent encore aujourd’hui. Quand je regarde ces sept années, je ne pense pas seulement au football. Je pense aussi aux relations humaines, aux rencontres et à tout ce que nous avons partagé ensemble. C’est ce qui fait que Reims restera toujours un endroit particulier pour moi.

Si tu ne devais garder qu’un seul souvenir de ton aventure en Rouge & Blanc, lequel choisirais-tu ?

C’est très difficile de n’en choisir qu’un, parce que j’ai vécu énormément de grands moments. Si je devais retenir une saison, ce serait évidemment celle de la montée en Ligue 1. Mais si je ne dois garder qu’un seul instant, alors je choisirais l’hommage que le Club et les supporters m’ont rendu lors de mon dernier match à Delaune. Quand on connaît le football et les carrières des joueurs, on sait que ce genre d’hommage est extrêmement rare. Peu de joueurs ont la chance de quitter un club de cette manière. Ce moment restera gravé en moi à jamais. Je serai toujours reconnaissant envers le Stade de Reims, les dirigeants, les supporters et envers tous ceux qui ont participé à rendre cette journée si spéciale pour moi et pour ma famille.

Un mot justement sur ton dernier match à Delaune. Un dernier but, un dernier hommage… Cela devait être chargé en émotions, non ?

C’était un moment inoubliable. Recevoir un tel hommage dans un stade où j’ai vécu tant d’émotions pendant sept saisons est quelque chose que je n’oublierai jamais. J’ai ressenti énormément de reconnaissance envers le Club, les dirigeants, les supporters, mes coéquipiers et toutes les personnes qui m’ont accompagné durant cette aventure. Ce sont des instants qui marquent une vie. Quand on prend un peu de recul, on mesure la chance d’avoir pu vivre quelque chose d’aussi fort. Honnêtement, je serai toujours reconnaissant pour ce que le Stade de Reims m’a offert ce jour-là.

Julian Jeanvier, Björn Engels, Axel Disasi, Wout Faes, Emmanuel Agbadou… Ils ont tous partagé la charnière avec toi avant de rejoindre la Premier League (ou le Championship pour Julian). Est-ce que cela te rend heureux d’avoir participé à leur progression ?

Bien sûr. C’est même une véritable fierté. On m’a souvent donné cette image de joueur capable d’aider ses coéquipiers à progresser, notamment les défenseurs avec lesquels j’évoluais. Le plus important pour moi a toujours été de tirer les autres vers le haut. D’ailleurs, plusieurs d’entre eux me l’ont dit par la suite. Savoir que j’ai pu contribuer, même modestement, à leur progression me fait énormément plaisir. Mais cela ne concerne pas seulement les défenseurs. Il y a aussi des attaquants, des milieux, des latéraux… Voir autant d’anciens coéquipiers évoluer aujourd’hui dans les plus grands championnats européens est une immense satisfaction. Si j’ai pu apporter ne serait-ce qu’une petite pierre à leur parcours, j’en suis très heureux.

Tu as également vu éclore Hugo Ekitiké. Est-ce que tu percevais déjà chez lui un potentiel hors normes ?

Oui, bien sûr. Hugo avait énormément de qualités, mais au-delà de son talent, c’est aussi quelqu’un avec qui j’ai partagé beaucoup de moments. À l’entraînement, on se chambrait souvent tous les deux. Plus récemment, je suis même allé lui rendre visite à Francfort avec mon fils. On a repensé ensemble à cette période et il m’a dit que je l’avais aidé dans ses débuts. Entendre cela me touche beaucoup. Aujourd’hui, le voir évoluer à ce niveau, intégrer l’équipe de France et poursuivre sa progression est une immense fierté. Je pense que tout le Stade de Reims est fier de son parcours. Il mérite pleinement ce qui lui arrive.

Tu as encore des contacts avec certains de tes anciens coéquipiers Rouge & Blanc ?

Oui, avec beaucoup d’entre eux. Je ne vais pas vous faire la liste complète car cela durerait des heures… J’ai gardé des liens avec de nombreux anciens coéquipiers, mais aussi avec plusieurs membres du staff et des salariés du Club. C’est aussi ce qui fait la force du Stade de Reims : c’est un club où les relations humaines sont sincères et durables. On prend régulièrement des nouvelles les uns des autres. Cette attache avec le Club et avec la ville restera toujours présente.

Et en parlant d’ancien coéquipier, tu as vu que Danilson Da Cruz avait intégré le staff. Quel regard portes-tu sur son retour ?

Je trouve que c’est une excellente nouvelle. Danilson est celui qui m’a véritablement appris ce qu’était le rôle d’un capitaine. J’avais déjà porté le brassard auparavant, mais en évoluant à ses côtés, j’ai découvert ce que représentait réellement ce rôle au quotidien. Lorsque je suis devenu capitaine à mon tour, je me suis beaucoup inspiré de sa manière de gérer un groupe, de son leadership et de son comportement.

Aujourd’hui, le voir revenir comme entraîneur adjoint me paraît logique. Il connaît parfaitement le Club, il connaît la Ligue 2 et il a déjà vécu plusieurs montées, comme joueur puis comme adjoint. Je lui souhaite beaucoup de réussite, ainsi qu’au staff et au Club. J’espère sincèrement que cette saison se terminera par un retour en Ligue 1.

Tu continues à suivre le Stade de Reims aujourd’hui ?

Bien sûr. Dès que j’en ai l’occasion, je regarde les matchs. Je reste un supporter du Stade de Reims. J’espère que cette saison se déroulera de la meilleure des manières et que le Club atteindra son objectif de retrouver la Ligue 1.

Pour terminer, quel message aimerais-tu adresser aux supporters rémois ?

Je parle souvent des supporters parce que je leur dois énormément. Tout au long de ces années, ils m’ont toujours soutenu. Il y a eu des très bons matchs, des matchs plus compliqués, mais ils ont toujours été derrière moi et derrière l’équipe. J’ai vécu des moments incroyables à Delaune grâce à eux, notamment lorsqu’ils reprenaient mon nom pour m’encourager. Je les remercierai toute ma vie pour ce soutien. Ils auront toujours une place particulière dans mon cœur.

J’espère avoir l’occasion de revenir prochainement à Reims pour les revoir et partager de nouveaux moments avec eux. En attendant, je leur adresse un immense merci et je leur souhaite de vivre une très belle saison. J’espère de tout cœur que les joueurs, le staff, les dirigeants et les supporters connaîtront ensemble beaucoup de bonheur cette année et fêteront, à la fin de la saison, le retour du Stade de Reims en Ligue 1.

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